1. Introduction et rappels
Nous désignons sous le nom de système chimique un ensemble de substances chimiques en équilibre qui ne peut recevoir de travail que des forces de pression extérieures .
Le système a une pression, un volume et une température bien déterminée, dans chacun de ses états d’équilibre. Si nous avons fait le choix d’un état origine pour le calcul des énergies internes, le premier principe nous apprend qu’à chaque état correspond une énergie interne bien déterminée.
Dans une transformation quelconque : ΔU=UF−UI=W+Q
Dans une transformation à volume constant, la chaleur totale reçue par le système est égale à sa variation d’énergie interne.
En effet, W=0 puisque V n’a pas varié.
Dans une transformation à pression extérieure constante faisant passer le système d’un état d’équilibre initial à un état d’équilibre final, la chaleur totale reçue par le système est égale à sa variation d’enthalpie. En effet, la pression du système dans les états d’équilibre I et F est P, égale à la pression extérieure constante.
Dans les états intermédiaires, qui ne sont pas obligatoirement des états d’équilibre, la pression peut n’être pas définie, mais peu importe. On écrit que : UF−UI=W+Q
La pression extérieure étant constamment égale à P, nous aurons, en désignant par VI et VF les volumes initial et final : W=P (VI−VF)=(P VI)−(P VF)
Soit : Q=UF−UI+(P V−F)−(P VI)=HF−HI
On a donc bien : Q=ΔH
2. Application aux réactions chimiques
Soit la réaction chimique entre les corps {A1, …, Am} conduisant aux corps {A′1, …, A′m} représentée par la relation : ∑iνi Ai→∑jνj A′j+Q (chaleur dégagée)
Le système dans l’état initial sera l’ensemble des ν1 moles du corps A1, ..., νm moles du corps Am prises isolément à la température T. Son énergie interne est UI.
On met en contact les corps, la réaction s’effectue et l’on obtient l’état final des corps. La température ayant été maintenue constante par un thermostat. L’énergie finale est UF.
2.1. Réaction à volume constant
Une réaction à volume constant, par exemple à l’intérieur d’une bombe, dégage une chaleur QV (chaleur de réaction à volume constant). On a : QV=UI−UF=−ΔU(chaleur dégagée)
2.2. Réaction à pression constante
La chaleur dégagée par une réaction à pression constante est QP (chaleur de réaction à pression constante), la plus couramment utilisée, car les réactions chimiques ont lieu en général à la pression atmosphérique. QP=HI−HF=−ΔH
Remarquons que l’état final n’est pas le même (en général) que dans l’expérience à volume constant.
3. Variation de la chaleur de réaction avec la température
Nous choisissons le cas d’une réaction à pression constante, le plus usuel. À la température T, on aura : {∑iνi Ai}T→{∑jνj A′j}T+QP(T)
À la température T+dT : {∑iνi Ai}T+dT→{∑jνj A′j}T+dT+QP(T+dT)
Les deux réactions ont lieu à la même pression.
Désignons par CPI la capacité calorifique moléculaire à pression constante du corps Ai, par CPJ celle du corps A′j.
Envisageons la transformation globale à pression constante : {∑iνi Ai}T+dT → {∑iνi Ai}T → {∑jνj A′j}T → {∑jνj A′j}T+dT
La variation totale d’enthalpie du système dans cette transformation est : ΔH=∑iνi Cpi {(−dT)+(−Q dT)}+∑jνj C′pj dT
C’est la même dans la réaction directe à la température T+dT, c’est-à-dire : ΔH=−Qp(T+dT)
On en tire :
Qp(T+dT)−Qp(T)=∑iνi Cpi dT−∑jνj C′pj dT⇒dQpdT=∑iνi Cpi−∑jνj C′pj
On trouverait de même pour une réaction à volume constant : dQvdT=∑iνi Cvi−∑jνj C′vj
Les Cvi, C′vi représentant les capacités calorifiques moléculaires à volume constant. Insistons bien sur le fait que Q représente ici la chaleur dégagée par la réaction, c’est-à-dire la chaleur de réaction au sens couramment adopté en chimie.
4. Chaleur latente de vaporisation
Nous considérons la transformation faisant passer un gramme de fluide à la température constante T de l’état initial liquide de saturation à l’état final vapeur saturante.
La transformation est conduite de façon réversible, à la pression constante P (pression de vapeur saturante). Le point figuratif dans le diagramme de Clapeyron décrit la palier de vaporisation AA′.
Nous désignerons sous le nom de chaleur latente de vaporisation la chaleur reçue pendant cette transformation, soit L.
Calculons la variation d’énergie interne du fluide :
– Travail reçu : W=−p (u′−u)
– Variation d’énergie interne : ΔU=UA′−UA=L−p(u′−u)
Deuxième cas
La transformation est conduite sans travail extérieur. Ce sera le cas si le fluide est constamment enfermé dans une enceinte de volume invariable. Ceci peut sembler difficile à réaliser ; il suffira cependant de le placer dans une enceinte indéformable (diatherme) de volume intérieur u′, ampoule renfermant le liquide de saturation, l’enceinte étant parfaitement vidée de tout gaz et de briser cette ampoule.
La vaporisation est alors évidemment irréversible ; dans l’état final, l’enceinte est emplie de vapeur saturante. La chaleur totale absorbée par le système pendant cette transformation à travail extérieur nul est alors : Li=UA′−UA=L−p (u′−u)
On la désigne couramment sous le nom de chaleur interne de vaporisation.
4.1. Variation avec T de la chaleur latente de vaporisation
Nous considérons les deux paliers de vaporisation infiniment voisins (température T, pression p) et (température T+dT, pression p+dp).
La transformation AA′ peut être conduite, soit directement par le palier A′, soit par l’intermédiaire de la série de transformations suivantes (se reporter au graphique précédent) :
-
AA1 : transformation infinitésimale où le fluide reste constamment à l’état liquide, à l’extérieur de la courbe de saturation ;
-
A1A′1 : palier ;
-
A′1A′ : transformation dans laquelle le fluide reste constamment à l’état de vapeur, à l’extérieur de la courbe de saturation.
Écrivons que : UA′−UA=(UA′−UA′1)+(UA′1−UA1)+(UA1−UA)
Avec :
UA′−UA=L−p (u′−u)UA′−UA′1=C′p (−dT)+h′ (−dp)−p (−du′)
C′p , h′ désignent les coefficients calorimétriques relatifs à la vapeur sèche.
Soit : UA′−UA′1=−C′p dT−h′ dp+p du′
De même : UA1−UA=Cp dT+h dp+p du
Cp , h désignent les coefficients calorimétriques relatifs au liquide.
En outre : UA′1−UA1=L+dL−(p+dp)
relation dans laquelle (L+dL) désigne la chaleur latente de vaporisation à la température (T+dT).
Il vient alors :
L−p (u′−u)=L+dL−(p+dp) (u′−u+du′−du)+(Cp−C′p) dT+(h−h′) dp+p (du′−du)
En négligeant le terme du second ordre : dL=(C′p−Cp) dT+(u′−u+h′−h)
Le volume spécifique u du liquide de saturation est petit si T≫Tc et par suite négligeable.
De même, h est très petit, car : h=−(Cp−Cv)(∂p/∂T)v
et le dénominateur est très grand pour un liquide dont la compressibilité est très faible (rappelons que T≫Tc).
Nous négligerons donc h et u.
En outre, assimilons la vapeur à un gaz parfait, ce qui est justifiable loin du point critique.
On a alors : h′=u′
Et il reste : dL=(C′p−Cp) dT⇒dLdT=C′p−Cp
D’où l’on tirera : L=L0+∫TT0(C′p−Cp) dT